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Analyse Systémique, un levier au service de la coopération – Restitution, le 25 mars 2016, par Marie HABERT, de 3 ans de formation par Epsilon Mélia auprès d’agents du Conseil Départemental du Pas-de-Calais

Analyse Systémique, un levier au service de la coopération – Restitution, le 25 mars 2016, par Marie HABERT, de 3 ans de formation par Epsilon Mélia auprès d’agents du Conseil Départemental du Pas-de-Calais

EpsilonMelia 19/04/2016 0 Commentaires
Systémie Arras
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Systémie Arras

Analyse Systémique, un levier au service de la coopération –

Restitution, le 25 mars 2016, par Marie HABERT, de 3 ans de formation par Epsilon Mélia auprès des agents du territoire de l’Arrageois

du Conseil Départemental du Pas-de-Calais

A travers les blasons vous avez un aperçu de ce qui s’est passé pendant trois ans, de l’évolution de la pratique professionnelle de vos collègues. Alors maintenant se pose la question du prolongement de cette formation. Quelle vigilance avoir pour conserver la vitalité de ses apports et les communiquer ? Comment la contamination des outils, des différentes théories apportées peut se faire ?

Mon intervention va s’appuyer sur le travail du Dr Lemaire (qui a mis en place les espaces de clinique de concertation, du travail de l’association Ecole et Famille et sur le travail du psychanalyste Roland Gori. Elle portera sur trois points.

Mais revenons d’où nous sommes partis et qu’a représenté cette espace de formation ?

Qu’est-ce qu’un espace de formation ? Il ne s’agit pas de remplir du contenu même si il y a du contenu. C’est avant tout un espace de mise à penser, c’est un espace également de déconstruction. Il faut faire de la place pour déconstruire et ouvrir à des modalités de réflexions différentes. Qu’avons-nous déconstruits et reconstruits :

Il y a trois ans j’entendais comme leitmotiv dans la bouche des participants «  la famille n’adhère pas ». Cette phrase a pratiquement disparu (en ma présence en tous cas), ce n’est plus cet élément qui est mis en avant. En effet quand les familles ne vous répondent pas, ne font pas ce que vous demandez ou ce que vous attendez d’elle, c’est qu’elle vous invite à travailler autrement, elle vous invite à les rejoindre sur leur cahier des charges et non pas votre cahier des charges (de par les formations initiales, du développement des connaissances dans sciences humaines, les attentes, les exigences des professionnels envers les parents ne cessent de croître). Les participants de ces trois ans, quand ils ont pu accepter cette invitation à rejoindre les familles dans leur préoccupation, ont remarqué qu’ils gagnaient du temps dans leur accompagnement.

Donc il s’agit d’une autre façon d’organiser notre regard, de regarder différemment le champ relationnel qui se déroule sous nos yeux et … de se laisser faire par cette convocation :

Les professionnels peuvent considérer que le refus des familles à faire, à participer, ne représente pas un déficit, un refus en soi, mais que les familles nous éprouvent en nous invitant à sortir du cadre traditionnel d’intervention, à inventer un nouveau cadre où elles auraient une place. Le sociogénogramme, dans sa complexité démontre la convocation des familles. En effet ce sont les familles qui vous convoquent et non vous qui convoquez les familles.

Ainsi, il ne s’agit plus de s’appesantir sur le fait que les familles n’adhèrent pas mais de voir que les usagers produisent du lien dans ces refus et alors nous pouvons passer de la vision manipulatrice des familles à une vision qui montre le génie créateur des familles.

Et quand les professionnels changent leur regard ils peuvent sans souci reconnaître l’expertise de la famille : que ce soit l’expertise du réseau, de son propre système, et aussi, et le dernier mais pas le moindre, de l’expertise qu’elle a du professionnel ; reconnaitre la convocation des familles c’est voir qu’elle a le pouvoir aussi de vous évaluer. Et elle vous accordera ou non sa confiance.

Les espaces de concertation (de rencontre des professionnels en présence des familles) servent aussi pour les familles à regarder comment les professionnels arrivent, ou non, à travailler ensemble. Comment ils s’articulent dans le travail ensemble autour des usagers dans un franc débat contradictoire. Cela éveille et active les engagements de chacun, des familles et des professionnels en faisant apparaitre la singularité et la ressource.

Passons au second point

La thérapie de la gentillesse

Dans les dispositifs de votre institution vous avez un devoir de protection et ce devoir de protection vous met dans des espaces parfois inconfortables. Mais nous pouvons nous référer à un médecin de PMI de Conflans st Honorine qui a justement remarqué :

« On détecte mieux quand on ne suspecte pas les gens et qu’on est là pour rendre service »

On introduit de l’horizontalité, on se décale de la verticalité institutionnelle, de la relation de pouvoir à de l’horizontalité, à de la relation de sujets. La pratique de la gentillesse introduit naturellement de la réciprocité entre familles et professionnelles, de la réciprocité dans le donner/recevoir et là les professionnels peuvent s’appuyer sur les familles afin de leur demander de l’aide pour les accompagner.

Nous sommes dans le travailler en présence d’autrui, dans le travailler avec autrui et non le travailler sur autrui. Nous sommes dans la co-construction et pas dans le faire pour, ou pire… le changer les familles. Dans les situations travaillées, dans cette confrontation à la réalité nous avons vu que ce n’était pas si évident que cela. Bien sûr vous en avez l’intention et vous pensez que vous le faites mais pris dans le quotidien, les délais, la suspicion, la bienveillance peut être vite oubliée.

Les professionnels ont pu se rendre compte que les familles savent rendre cette bienveillance. Je ne peux pas plus développer mais je fais référence à la banalité du bien dans la relation professionnel/famille. Et je vais illustrer ce propos à travers un exemple cité par Céline Debeugny lors du partage sur les effets des trois ans de formation. Céline Debeugny constatait que lors d’une visite à domicile, alors qu’autour de la table de la cuisine la maman épluche les patates, elle prend spontanément un couteau et épluche les patates avec cette maman tout en continuant l’échange. A cet instant il y a une confiance qui s’installe. La formation a permis aux professionnels à se sentir légitime (en opposition à une pratique clandestine) dans ses petits gestes, dans « les espaces blancs *» avec les familles. Cela réduit la distance entre les pros et les familles en introduisant des pratiques communes de la vie ordinaire.

Cela implique que les professionnels peuvent sortir de leur expertise et se permettre des espaces de « faillibilité ». Mais la vraie expertise dans le champ humain se trouve dans la faillibilité pas dans le fait d’être infaillible. Oui, éplucher les patates dans une famille est un signe d’expertise du professionnel dans l’établissement de la relation.

Bien évidemment, cette thérapie de la gentillesse s’applique aussi au professionnel, de quelle bienveillance faisons-nous preuve avec nos collègues, nos chefs de service, nos formateurs ? Nous avons entre autre un outil fabuleux dont nous avons usés et abusés en formation et dans la mise en place du cadre de la concertation clinique : « pouvons-nous parler des absents comme s’ils étaient présents ». Cela change tout car nous sommes dans la préoccupation de l’autre, dans la considération c’est un don sans contre-don.

Cela n’a pas forcément bonne presse la gentillesse, c’est une petite vertu, voire une faiblesse dit Emmanuel Jaffelin*. Mais non comme le dit Antoinette Chauvenet*, «ce n’est pas une morale du devoir, mais une morale du pouvoir, au sens que ceci est en mon pouvoir, c’est l’intelligence du bien. Nous sommes dans la banalité du bien… dans construire la relation avec l’autre, que le bien, mis au service du lien symbolise. » Autrement dit c’est un outil qui nous aide à construire la confiance. Alors oui « On détecte mieux quand on ne suspecte pas les gens et qu’on est là pour rendre service »

Alors quels risques à ne pas continuer ? Car il y a un frein c’est sûr mais vous n’êtes pas obligés d’activer le frein. Examinons le dernier point.

Quel a été l’espace le plus délicat pour moi durant ces trois ans ? J’avais un leitmotiv. « Prenez le temps ». Quel effroi cela a suscité à chaque fois. Je ne disais pas prenez tout votre temps, je disais prenez le temps car vous allez en gagner. Pourquoi l’effroi, tant d’effroi ? Car votre temps de travail est ponctué par le temps des prises en charge, par l’inquiétude des situations et par les évaluations successives.

Construire la confiance est autrement plus facile et réjouissant que de la garantir explique Roland Gori. Notre société, les institutions prétendent garantir la confiance par des dispositifs, mais ces dispositifs sont normés, et de ce fait, cette garantie de la confiance peut instituer une méfiance réciproque. La méfiance conduit à la rupture du lien et cette rupture conduit les professionnels à ne pas mener à bien leur mission ou avec difficulté.

J’ai vu que les professionnels pouvaient être pris dans un conflit de loyauté entre l’éthique de leur métier et les normes gestionnaires. J’ai vu que le risque auquel vous êtes continuellement confrontés c’est que votre savoir-faire, vos capacités d’accompagnement, vos capacités cliniques soient confisqués, par les procédures, les protocoles, les guides de bonnes pratiques. Pour moi il n’est pas question que la systémie, la contextuelle, que la pratique thérapeutique du réseau rentre dans ces guides de bonnes pratiques. Gardons-nous du dogme.

Comment s’en garantir ? Comment continuer à se remettre en question sans le dispositif de formation ? Et comme l’interroge Roland Gori* : « quels actes poser pour préserver, défendre, développer le sens, les valeurs qui vous ont fait choisir les métiers de l’humain ? »

Ce qui améliore les pratiques, ce ne sont pas systématiquement les outils, les dispositifs, les procédures, les commissions, ce sont les espaces à penser mais non sur le contenu du travail mais sur le travail lui-même. Dans les bilans il y a une proposition de mettre en place un comité de réflexion où les professionnels formés seraient aidés par les professionnels non formés à re questionner la pratique, à approfondir les nombreux outils dispensés dans la formation. Alors allez-y ! Instaurer des espaces à penser sans mettre d’autre hiérarchie de crédibilité que celle de l’humain. Redonnez sa place au sujet, à l’humain.

Alors je finirai par une citation du Dr Lemaire qui me parait essentielle au maintien de la vigilance :

« C’est l’humain qui redonne de l’expertise au professionnel et non l’inverse. » 

Sans crainte remettons le sujet, l’humain au cœur des pratiques

Marie Habert

*Emmanuel Jaffelin, Eloge de la gentillesse,

*la notion d’espace blanc vient de Vincianne Desprez, philosophe des sciences et psychologues

*Antoinette Chauvenet, Ecole, famille, Cité ; Edition Presse Universitaire de Rennes

*Jean-Marie Lemaire, fondateur de la Clinique de Concertation, www.concertation.net

*Roland Gori, La fabrique des imposteurs, Edition Les liens qui libèrent


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